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PFAS dans l'eau du robinet : ce que dit la loi, ce que montrent les analyses

Votre fiche commune affiche « PFAS : 0,019 µg/L ». Faut-il s'inquiéter ? La réponse tient en partie dans un texte de droit, en partie dans les analyses elles-mêmes. Le droit dit à partir de quand une eau n'est plus conforme. Les analyses disent où en est votre réseau. Entre les deux, il y a une zone que beaucoup de sites passent sous silence : une valeur peut être mesurée, sans être un dépassement, et sans être pour autant anodine.

Ce guide reprend les règles applicables, ce que montrent les résultats publiés, et ce que vous pouvez faire chez vous.

Ce que sont les PFAS, et pourquoi le droit s'en occupe

Les PFAS, pour substances per- et polyfluoroalkylées, forment une famille de plusieurs milliers de composés chimiques. On les trouve dans des revêtements antiadhésifs, des textiles imperméables, des emballages alimentaires, des mousses anti-incendie. Leur point commun est une liaison carbone-fluor extrêmement solide. C'est ce qui les rend utiles à l'industrie, et c'est aussi ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels » : elles se dégradent très lentement dans l'environnement et s'accumulent.

Une partie de ces substances finit dans les sols, les rivières et les nappes, donc dans les ressources qui servent à produire l'eau potable. C'est pour cette raison que l'Union européenne les a intégrées à la refonte des règles sur l'eau destinée à la consommation humaine.

Ce que dit la loi : une limite, deux dates

Le texte de référence est la directive (UE) 2020/2184 du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine. Elle crée un paramètre « somme des PFAS », qui porte sur 20 substances listées en annexe, avec une valeur limite de 0,1 µg/L, soit un dixième de microgramme par litre.

En France, la directive a été transposée par l'ordonnance n° 2022-1611 du 22 décembre 2022 et par ses textes d'application, dont un arrêté du 30 décembre 2022 qui modifie l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux. Le cadre général reste celui du code de la santé publique, articles R. 1321-1 et suivants.

Deux dates sont souvent confondues :

Concrètement, avant 2026, beaucoup d'ARS recherchaient déjà les PFAS, mais pas partout ni à la même fréquence. Depuis 2026, les résultats arrivent pour l'ensemble des réseaux, lot par lot, dans les fichiers publiés chaque mois par le ministère chargé de la Santé.

Une précision compte pour lire votre fiche : selon une réponse ministérielle publiée au Journal officiel, cette limite de 0,1 µg/L est une limite de qualité, et non un seuil de toxicité. Elle fixe le niveau à partir duquel l'eau n'est plus conforme et des actions s'imposent. Elle ne dit pas qu'une eau à 0,09 µg/L est sans aucun effet, ni qu'une eau à 0,11 µg/L rend malade. Pour les ressources en eau brute utilisées par les producteurs, la valeur de référence est de 2 µg/L.

Le législateur est allé plus loin en 2025. La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS encadre la fabrication et la vente de certains produits qui en contiennent, et prévoit un suivi renforcé des rejets.

Ce que montrent les analyses des douze derniers mois

Sur eau-potable.org, nous avons repris tous les prélèvements réalisés dans les réseaux de distribution entre septembre 2025 et août 2026, tels que publiés par le ministère. Voici ce qu'ils disent, commune par commune :

MesureNombre de communes
Communes où les PFAS ont été recherchés dans le réseau17 315
PFAS quantifiés lors de la dernière analyse5 875
Somme des 20 PFAS d'au moins 0,05 µg/L410
Au-dessus de la limite de 0,1 µg/L21

Trois enseignements. D'abord, dans la grande majorité des communes analysées, aucun des 20 PFAS n'est quantifié. Ensuite, un tiers environ des communes mesurées présentent des traces, le plus souvent très en dessous de la limite. Enfin, les dépassements existent mais restent localisés.

Une limite de lecture : dans environ la moitié des communes, les PFAS n'apparaissent pas encore dans les analyses du réseau de distribution sur la période. Ils ont souvent été recherchés à la station de production, en amont. Votre fiche le signale, et affiche alors les résultats des stations situées sur la commune.

En cas de dépassement : qui décide, et ce qui change pour vous

Quand une analyse dépasse la limite, la responsabilité est partagée. La personne responsable de la production et de la distribution de l'eau, souvent un syndicat intercommunal ou son délégataire, doit rechercher l'origine du problème et prendre des mesures correctives. L'agence régionale de santé évalue la situation et propose les mesures de gestion. Une instruction ministérielle du 19 février 2025 demande une approche proportionnée au risque sanitaire, avec l'objectif de réduire l'exposition de la population.

Les mesures vont du renforcement des analyses à la modification du traitement, au mélange avec une autre ressource, et, dans les cas les plus sérieux, à la restriction de l'usage de l'eau pour la boisson. Dans la Meuse, le préfet a ainsi interdit, sur proposition de l'ARS Grand Est, l'usage de l'eau pour la consommation humaine dans quelques communes après des dépassements.

Si votre commune est concernée, l'information doit vous parvenir par la mairie, l'affichage des résultats et le site de l'ARS. Le premier réflexe est de lire la conclusion officielle du prélèvement, reprise sur votre fiche, et de suivre les consignes données. Elles priment sur tout conseil général, y compris le nôtre.

Ce que vous pouvez faire chez vous

Si votre eau respecte la limite, rien n'oblige à s'équiper. Si vous souhaitez réduire votre exposition, ou si votre commune dépasse la limite, deux familles de solutions sont documentées : les filtres à charbon actif, en particulier en bloc, et l'osmose inverse. Les performances varient fortement d'un modèle à l'autre, et un filtre non remplacé à temps perd son efficacité. Une carafe filtrante classique n'est pas conçue pour cet usage, sauf mention contraire et vérifiable du fabricant.

Avant d'acheter, vérifiez trois points : que le fabricant indique une efficacité mesurée sur les PFAS, pas seulement sur le chlore ; que le coût des cartouches de rechange est raisonnable ; et que vous pourrez tenir le rythme de remplacement.

L'essentiel à retenir

Questions fréquentes

Une eau à 0,05 µg/L de PFAS est-elle potable ?

Oui, au sens de la réglementation : elle respecte la limite de qualité de 0,1 µg/L. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien, mais que l'eau est conforme. Suivre l'évolution d'une analyse à l'autre reste utile, c'est ce que montre l'historique de votre fiche.

Pourquoi ma commune affiche-t-elle « non mesuré » ?

Parce que les PFAS n'ont pas été recherchés dans le réseau de distribution de votre commune sur les douze derniers mois. Ils l'ont souvent été à la station de production. Comme la recherche est devenue obligatoire en 2026, les résultats arrivent progressivement.

Faire bouillir l'eau élimine-t-il les PFAS ?

Non. Les PFAS sont très stables à la chaleur. Faire bouillir l'eau ne les détruit pas et peut même les concentrer légèrement par évaporation. Seuls des traitements adaptés, comme le charbon actif ou l'osmose inverse, permettent d'en réduire une partie.